LA PANDÉMIE, LE(S) DEUIL(S), LES ÉTAPES

mai 21, 2020
mai 21, 2020 LSevigny

LA PANDÉMIE, LE(S) DEUIL(S), LES ÉTAPES

Une autre perspective

Nous vivons toutes et tous avec cette pandémie une situation, des situations que nous n’avons jamais vécues.  Une première pour nous tous.  Des premières…. De multiples premières…. Nous sommes donc constamment à nous adapter.  

Cette pandémie et ces adaptations nous amènent à vivre des expériences qui déclenchent notre anxiété.  Des expériences que l’on ne CONTRÔLE pas, des situations IMPRÉVUES, des situations NOUVELLES et des situations qui affectent notre ÉGO.  Tout y est pour déclencher royalement nos insécurités, nos anxiétés et nous amener à vivre des deuils à différents niveaux.

Nous vivons cette expérience et réagissons à cette expérience de différentes façons.  Nous vivons toutes et tous une période de vie où le stress est à la hausse, plus élevé qu’à son ordinaire.  Le stress augmentant, nos fragilités psychologiques sont  souvent exacerbées.  La personne anxieuse est plus anxieuse.  La personne dépressive est plus déprimée.  Certaines personnes peuvent vivre des épisodes de psychose.  Etc.

Si la présente période de pandémie nous amène à parler beaucoup d’adaptation et d’anxiété, il nous a semblé qu’il pourrait être aidant de prendre conscience que cette période est aussi envisageable à partir de l’expérience du deuil et de ses étapes.  Envisager notre expérience à partir de l’angle du deuil peut être aidant, peut aider à développer une autre perspective et normaliser plusieurs de nos réactions.  Cet éclairage et prise de conscience pourrait peut-être nous aider à prendre un certain recul i.e. défusionner d’avec nos pensées,  accueillir un peu plus l’expérience (dans la mesure du possible) et vivre tout cela avec un peu plus calmement.

Ce petit texte souhaite  répondre à une question que bien des gens se posent présentement, à savoir si leur(s) réaction(s) est/sont « normale(s).  

Dans le passé, l’expression, « aller bien », la normalité signifiait quelque chose, avait une certaine signification.  Depuis quelques mois, « aller bien » peut se résumer à ceci:

 

1. Avoir la santé ou ne pas être (trop) malade.

2. Avoir encore un emploi.

3. Assurer ses besoins de base.

4. Être modérément anxieux.

Être en deuil signifie habituellement, pour nous tous, la perte d’un être cher, la mort d’un être cher.  Mais le deuil peut signifier bien d’autres choses.

Être en deuil peut aussi signifier perdre des gens, des amoureux-ses par rupture, par déménagement, des projets qui sont abandonnés ou remis à plus tard, des ambitions qu’on avait et qu’on ne peut plus avoir, un emploi, perdre notre ancienne façon de travailler (si on a encore un emploi), perdre la normalité, perdre le sentiment de sécurité collective, perdre le contact avec nos parents, avec les personnes âgées dans notre vie, perdre notre vie sociale en tout ou en partie, perdre nos rituels collectifs, perdre notre mobilité, perdre nos loisirs, perdre nos sorties, nos repères, perdre l’insouciance, etc.  

À noter aussi que cette pandémie, ce bouleversement général, mondial, fait aussi que l’on vit des deuils, des pertes et que l’on ne sait pas si on va retrouver, récupérer ces objets perdus.  Revoir nos parents.  Revoir nos petits enfants.  Récupérer notre emploi.  Retrouver cette normalité d’antan, retrouver ce que l’on vivait et considérait comme étant normal…avant.

Des deuils qui ne sont peut-être pas aussi graves que le décès d’un être cher mais qui sont aussi importants et qui peuvent avoir un lourd impact psychologique.

Et tout cela est magnifié parce que vécu à l’échelle mondiale.

Revenons donc au deuil et à ses étapes.  Le deuil ne se vit pas de la même façon par toutes les personnes.  Souvent vécu de façon souffrante, nous souhaitons que le deuil sera vécu comme un processus aboutissant à une délivrance.  Il est ici question de résilience.  Nous savons aussi que le deuil peut souvent s’élaborer en étapes.  Notons aussi que ces étapes ne se déploient pas nécessairement dans un ordre constant.

Jetons donc un coup d’œil à ces étapes.

1. Le choc et le dénie: Cette étape survient lorsqu’on apprend la perte.  La personne refuse d’y croire.  Ce n’est pas là que la douleur est aiguë parce que l’on fait souvent l’expérience d’un engourdissement émotionnel.  Lors du choc, je ne sens rien.  Ça ne me fait rien.  Ce n’est pas si dangereux que ça.  Nier dans quelle mesure ce virus va affecter notre vie, notre productivité.   Si je nie cette crise, ce choc, il se pourrait bien que j’ai tendance à ne pas suivre les mesures de confinement.  Faire comme si ce n’était pas là.

2. La colère:  … face à la perte, contre les mesures de confinement, pertes des libertés individuelles.  Une étape où on va facilement définir des boucs-émissaires de nos difficultés, de nos malheurs, de notre pandémie…  

3. La négociation ou le marchandage: … on essaie de négocier que la vie soit juste.  Si je suis les consignes correctement, les choses devraient bien se passer (cette négociation va avec nos croyances et règles qui peuvent nous dire que « la vie devrait être juste », donc que si je suis une bonne personne et que j’ai de bons comportements, la vie devrait être bonne et juste avec moi).   Ce n’est pas une étape rationnelle, mais elle est présente.

4. La tristesse ou dépression: … on réalise que les changements et les pertes seront permanents et nous croyons que  la souffrance du deuil sera elle aussi permanente.

5. Et en bout de ligne l’acceptation.  C’est là où on cesse de lutter et où on accepte, on accueille la vie comme elle est, avec ses pertes.  Cette dernière étape va amener à un dégagement, un allègement émotionnel malgré les différentes pertes, les différents deuils.

À noter que ces étapes ne sont pas nécessairement linéaires. L’ordre varie. On peut parfois revenir en arrière, les recommencer, rester coincé à une d’entre elles, sans égard à la chronologie.

En bout de ligne, certains auteurs vont parler d’une autre étape,  « l’élaboration du sens« , ou « l’héritage« .  Il va falloir qu’on fasse quelque chose (émotionnellement, psychologiquement) de cette expérience qu’on a traversée.  Comment cette expérience m’a changé, m’a construit, m’a amené à grandir comme humain.  Qu’ai-je appris sur moi, sur la vie, que je n’aurais pas (ou peut-être pas) appris autrement?  Comment ai-je grandi?

Et vous, où pensez-vous en être en terme d’étape par rapport à vos différents deuils ?

À ne pas oublier que toutes ces différentes réactions sont normales et saines.  Oui, elles peuvent être souffrantes, mais elles sont normales.

Personnellement, ce que je me souhaite, ce que je nous souhaite, c’est toujours en y développant, ce que l’on appelle un deuil pathologique.  Rester dans le choc, le dénie, la colère, la tristesse … Coincé, et ne pas arriver à en sortir.

Pour le reste, ne pas oublier que le mal être fait aussi partie de l’expérience  humaine.

Bonne continuation.

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