LA MATRICE ET LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

décembre 7, 2019
décembre 7, 2019 LSevigny

LA MATRICE ET LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

Un certain point de vue, un certain regard sur notre expérience

Souvenons-nous premièrement que la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (l’ACT comme dans Acceptance and Commitment Therapy et qui se prononce l’ACT comme dans le premier acte ou dans passer à l’acte) vise ou souhaite le développement de la flexibilité psychologique. Nous pouvons définir la flexibilité psychologique comme étant le contraire de la rigidité psychologique. Mais d’une façon un peu plus élaborée l’ACT définit cette flexibilité psychologique dans une phrase : la flexibilité psychologique, c’est notre capacité de faire des actions, poser des gestes qui sont en lien, en congruence avec nos valeurs, avec ce qui est important pour nous, malgré nos obstacles intérieurs. Un exemple concret : les relations humaines sont très importantes pour une personne mais son anxiété sociale et sa phobie sociale font obstacle à cette valeur et l’amène à éviter les situations sociales, par exemple ne pas aller au 5 à 7 où elle est invitée. En n’allant pas au 5 à 7, en utilisant l’outil « ne pas aller au 5 à 7», cette personne s’éloigne de son expérience d’anxiété (de 5hres à 7 hres, elle ne sera pas anxieuse, elle sera calme, chez elle). Elle se retrouve sans anxiété de 5 à 7 (*). La flexibilité psychologique pourrait par exemple l’amener à choisir de faire des actions concrètes (comme par exemple aller à ce 5 à 7) malgré son expérience désagréable d’anxiété. Un exemple qui peut avoir l’air boiteux qui prendra son sens au fil du présent texte.

Cette flexibilité psychologique est ainsi globalement définie en une phrase mais a été plus spécifiquement définie en six points. Ce qui permet à la personne d’être plus flexible sont ces six points. Afin de les illustrer, l’ACT a élaboré un outil graphique qu’elle a nommé L’HEXAFLEX.

En voici donc le graphique :

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L’HEXAFLEX : LES SIX PARAMÈTRES DE LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

 

En cheminant vers une plus grande capacité de flexibilité psychologique, je présupposerais que je passe d’un état de rigidité psychologique vers un état de plus grande flexibilité psychologique.

 

Graphiquement, cela pourrait être représenté ainsi :

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DE LA RIGIDITÉ VERS LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

 

Au fil des recherches, des observations et des expérimentations, certains autres chercheurs/praticiens ont élaboré un outil qui permet de cheminer dans le sens de cette flexibilité psychologique mais d’une façon beaucoup plus simple.

Cet outil, c’est LA MATRICE.

Voici graphiquement cette Matrice :

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LA MATRICE VIERGE

 

Beaucoup plus simple, vous ne trouvez pas?!?!

Une croix. Quatre sections.

Voici maintenant la matrice avec quelques indications pour la compléter :

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Allons-y une section, un cadran à la fois.

Le premier cadran (1), en bas à droite ou BD), pose certaines questions : Qui est important pour moi ? Qu’est-ce qui est important pour moi ? L’ACT oriente son travail dans le sens de ce qui est important pour la personne. Ma conjointe. Mon conjoint.  L’amour.  Mon travail.  Apprendre. La bonté. Le sport. Les amis. L’argent. Le sexe. La famille. Les études. L’intégrité. La générosité. Le respect. L’empathie…  Il n’y a pas de mauvaises ou de meilleures réponses ou de moins bonnes réponses. Tout se passe entre vous et vous. Authentiquement, qu’est-ce qui est important pour vous ?

C’est ici que l’on voit que, concrètement l’ACT travaille à partir des valeurs de la personne, de ce qui est important pour elle.  La démarche ACT est orientée vers les valeurs de la personne.

Le deuxième cadran (2), en bas à gauche ou BG), pose certaines autres questions : Quels sont mes obstacles intérieurs à être toujours en accord avec ce qui est important pour moi ? À vivre en congruence avec ce qui est important pour moi ?

Notons que nous pouvons classifier les obstacles en deux groupes : les obstacles extérieurs et les obstacles intérieurs. Si la famille est quelque chose d’important pour moi, mais que je peux  rarement souper en famille parce que ma famille est à Montréal et que je travaille à Québec, j’ai  à faire à un obstacle extérieur, qui est ici la distance. Nous les nommerons obstacles extérieurs parce qu’ils sont à l’extérieur de la personne.

D’un autre côté, les obstacles intérieurs sont tous ces obstacles qui se déploient à l’intérieur de moi. Mes pensées, mes émotions, mes sensations corporelles, mes souvenirs et toutes mes expériences intérieures qui peuvent apparaître et faire de l’obstruction, m’empêcher de faire les actions qui m’approcheraient de qui ou quoi est important pour moi. Si la famille est importante pour moi, que nous habitons tous la même ville (donc pas d’obstruction extérieure de distance) mais que la seule pensée d’un souper de famille déclenche chez-moi des souvenirs d’une dispute  que j’avais eu avec mon père il y a plusieurs années et que ces souvenirs m’incitent à refuser toutes les invitations à venir souper en famille, on parle ici  d’obstacle intérieur : les souvenirs et l’anxiété.

Qu’est-ce qui apparaît et peut faire  de l’obstruction ? De la colère. De la tristesse. De la dépression. De l’anxiété. Des phrases (« je ne serai jamais capable », « Je ne les mérite pas », etc.). Des souvenirs. …  Notez que là non plus, il n’y a pas de mauvaises, de moins bonnes ou de meilleures réponses.  Tout se passe authentiquement entre moi et moi.

Nous pourrions dire que dans ces deux premiers cadrans, on fait référence à  notre vie intérieure. Il y est question de choses que personne d’autre que moi ne peut observer ou expérimenter. J’en suis le seul témoin. Dans les deux derniers cadrans (deux cadrans supérieurs), on fera référence à notre vie extérieure. On réfère aux actions, aux comportements. Il sera question d’actions que les gens peuvent vous voir faire, observer, que quelqu’un pourrait filmer avec une caméra.

Le troisième cadran (3), en haut à gauche ou HG) pose une autre question : Quels actions est-ce que je fais pour m’éloigner de mes obstacles (obstacles BG) ou lorsque mes actions (HG) sont sous le contrôle de ces obstacles (BG)? Pour m’éloigner de cette anxiété, de cette dépression, de cette tristesse, de cette colère, etc. ? Que peut-on me voir faire lorsque je suis dominé par ces obstacles, lorsque mes actions sont sous le contrôle de ces obstacles ou lorsque je fais des actions qui me permettent de m’éloigner de ces obstacles ?

Pour ne pas me souvenir de cette dispute ou pour ne pas revivre cette dispute avec mon père, pour m’en éloigner, que vais-je faire ? Je peux ne pas aller pas à ce souper.  Je fais des heures supplémentaires au bureau. Je bois de l’alcool. Je vais m’entraîner au gym de façon extrême.  Je fais des blagues.  Je fais du ménage d’une façon compulsive. Etc.  Toutes sortes d’actions qui m’aideront à m’éloigner de mes obstacles, de mon mal-être.

Deux petits points à noter ici :

À noter que les « outils »  que l’on utilise afin de s’éloigner de nos obstacles nous éloignent AUSSI souvent de ce qui est important pour nous, simultanément. Nous n’utilisons pas ces outils pour nous éloigner de ce qui est important pour nous intentionnellement… mais souvent, ces outils nous en éloignent quand même.

À noter que ces « outils » amènent souvent un mieux être rapidement, sur le coup et momentanément. Ces outils, ces actions d’éloignement, font en sorte par exemple que je n’aurai pas de souvenirs angoissants pendant cette action, (mieux être rapide).  Mais le lendemain soir, ou lors du prochain souper de famille, j’en serai au même point. Tout sera à refaire. Tout va (ou risque de) recommencer, l’anxiété, la colère, la peur, les insomnies, etc. En n’allant pas à ce souper, en allant au gym (pour faire baisser la charge anxieuse et penser à autre chose) pour ne pas ressentir cette angoisse, en prenant de l’alcool, etc., je n’aurai pas appris à composer avec cette expérience, avec ces obstacles. Pas appris à composer avec ce dilemme intérieur entre mon amour pour ma famille et ces souvenirs angoissants. Je n’aurai pas développé d’autres outils. En d’autres mots, je n’aurai pas fait de pas ou d’actions pour me rapprocher de ce qui est important pour moi. J’en serai au même point et tout sera toujours à refaire.

Le quatrième cadran (4), en haut à droite ou HD) pose une autre question : Quelles actions est-ce que je fais ou pourrais-je faire  pour m’approcher de ce qui est important pour moi ? Quelles actions, quels comportements est-ce que j’ai lorsque mes actions sont en accord avec ce qui est important pour vous ?  Quand mes actions sont en congruence avec ce qui est important pour moi.

Peut-être … aller à ce 5 à 7. Parler davantage aux humains qui m’entourent. Être plus souriant avec les gens. Être plus aidant avec les gens. Méditer. Aller au gym. Travailler. Souper en famille. Lire. Écrire.  Être attentif à ma conjointe. Etc. Encore une fois, il n’y a pas de mauvais choix, de moins bonnes réponses ou de meilleures réponses. Tout se passe en toute authenticité entre vous et vous.

Il est ici question d’actions engagées, d’actions concrètes et observables. Si le cadran BD (en bas à droite) parle de ce qui est important pour moi, le cadran HD parle des pas (concrets) que je peux faire pour m’en approcher. Le cadran BD est comme l’aiguille de notre boussole et ce que je vais y écrire est comme mes points cardinaux. Je vais écrire dans le cadran HD les actions engagées, les actions concrètes, les pas, les objectifs qui iront dans le sens des points cardinaux.  Nous y retrouverons plus souvent des verbes d’action et des objectifs. Les verbes d’action ne sont pas des valeurs mais plutôt des façons, des pas que l’on peu faire pour s’en approcher et que l’on peu ensuite cocher (Bon ! C’est fait ! Comme dans une « check list »). On ne peu pas cocher une valeur ou un point cardinal. On peut cocher les actions que l’on choisi de faire pour s’en approcher.

Et enfin, la dernière question : qui est la seule et unique personne qui peut faire toutes ces observations et ces choix que ce soit en ce qui a trait à ma  vie extérieure ou à ma vie intérieure? Hé bien oui, il n’y a que moi-même qui peu faire toutes ces observations et tous ces choix quant à ma propre expérience de vivre. Il n’y a que la personne elle-même qui peut faire ce travail pour elle-même. Faire ces observations et faire ces choix.

Nous disons de cet outil, LA MATRICE,  est un point de vue. Le point de vue de l’ACT. Le point de vue de la flexibilité psychologique. Le point de vue de la matrice et J’observe mon expérience à travers ce point de vue, à travers cette matrice. À travers cette grille.

Toutes les approches ont un point de vue. L’ACT ne dit pas que ce point de vue est le seul ou le meilleur. L’utilisation de la matrice ne dit pas que dorénavant, vous devriez vivre du côté droit de la matrice, que vos comportements devraient toujours être en accord avec vos valeurs. Que le ciel est à droite et l’enfer à gauche… On ne parle pas  d’une philosophie de vie ou  d’une religion que l’ACT défendrait. Non non non. Tout ce que l’on sait et tout ce pourquoi nous encourageons l’utilisation de la matrice, c’est que les personnes, qui en utilisant la matrice, tendent dans leur vie à faire davantage de choix à droite plutôt qu’à gauche, témoignent de se faire une vie plus nourrissante et d’être plus heureux. Tout simplement. Cette affirmation est documentée par une recherche étayée (ACBS).

J’entends les lecteurs penser, remettre en question, protester. C’est très bien. Je vais essayer de répondre aux questions les plus courantes afin d’expliquer plus avant.

– Oui mais … vous êtes en train de me dire qu’en choisissant d’aller au 5 à 7, ma difficulté d’anxiété va être réglée ???? Pas certain d’acheter ça…

Vous avez tout à fait raison de douter. On ne sous-entend pas que d’aller quelques fois à un 5 à 7 va régler mon problème d’anxiété sociale. Même si, ce faisant, je peux améliorer mon état (ma difficulté relationnelle) en confrontant mes peurs et en faisant ce que les psychologues appellent de l’exposition. À l’étudiant en musique qui souffre d’un trac de la scène, les professeurs de musique savent depuis des siècles que la première chose à faire pour aider cet étudiant est de lui faire faire le plus de récitals que possibles. Tout simplement.  Avec le temps, et l’exposition, son trac de la scène va diminuer.

Ce que l’on propose ici est différent.  Ce que l’on propose ici, est de faire fonctionner mon cerveau d’une façon qu’il n’a pas l’habitude de faire.  Je fais pratiquer à ma tête quelque chose qu’elle n’a pas l’habitude de faire.

Explications :

Naturellement, ce sont nos patterns qui « mènent nos vies » (je grossi ici, pour l’exemple). Si je suis anxieux, je demeure à la maison. Si je suis colérique, je me choque régulièrement. Si j’ai un faible estime de moi, j’aurai peine à m’engager dans de nouvelles tâches, dans de nouvelles relations. Etc. Naturellement, spontanément, nous allons « agir » nos patterns.

– Mais alors, que peut-on faire pour changer ça si c’est cela qui est naturel ???

Hé bien, nous pouvons OBSERVER ET CHOISIR.  Que puis-je mettre en opposition aux patterns ?  Je peux mettre « CHOISIR ».  Sur une polarité, si à une extrémité y sont inscrits les PATTERNS, qu’y a t’il à l’autre bout ?  Il y a « CHOISIR ».